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La dette climatique et écologique en héritage

Ce que les analyses transgénérationnelles nous apprennent des mécanismes psychologiques responsables de la transmission des problèmes non résolus d'une génération à l'autre.

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Les processus psychologiques de transmission de problèmes non résolus entre les générations ont contribué au développement de la dette climatique et écologique.

La politique d'endettement et de fuite en avant qui caractérise nos sociétés modernes illustre parfaitement le fonctionnement des transmissions des héritages transgénérationnels. Il s'agit notamment de spéculer sur d'éventuelles résolutions dans le futur pour minimiser, refouler ou dénier, les problématiques embarrassantes. Cette politique névrotique moderne est la partie visible, à l'échelle de la culture, de profonds mécanismes psychologiques de transmission d'héritages transgénérationnels qu'il s'agit de mieux comprendre si nous souhaitons un jour pouvoir remédier à la situation.

Déjà en 1972, au regard de l'aphatie généralisé face aux problèmes écologiques déjà problèmatiques à son époque, le psychanalyste Harold Searls interrogeait cet héritage d'une dette laissée aux prochaines générations. Il souligne cette propension psychologique, plus ou moins inconsciente, à faire subir aux plus jeunes ce qui fut infligé par les générations préscédentes. 

Pour Searles, "Freud a beaucoup sous-estimé combien un fils ou une fille demeurent de formidables rivaux ædipiens aux yeux de leurs deux parents. Le jeune contestataire adolescent, par son implication émotionnelle, est souvent le véritable vainqueur de l'affrontement adipien. Par conséquent, je pense que l'une des principales raisons de la relative apathie d'un père face à des situations qui menacent sa descendance d'extinction, qu'il s'agisse de la guerre du Vietnam ou de la pollution environnementale, est que ces situations assurent la destruction de rivaux cedipiens dont ce père n'a jamais définitivement fait la conquête. Notre haine inconsciente des générations à venir, de notre progéniture et de la progéniture de celle-ci, notre détermination vengeresse à détruire par négligence leur droit à la vie par esprit de revanche pour les privations dont nous avons souffert, à quelque niveau de notre développement que ce soit, de la part de nos parents, inclut et dépasse le conflit odipien." (H. Searles, "Les processus inconscients en jeu dans la crise", dans La crise environnementale sur le divan.) 

Dans un entretien entre Claude Tapia (pour le Journal des psychologues - no. 374, 2020) et Luc Magnenat (auteur du livre "La crise environnementale sur le divan", 2019), ce dernier précise que dans son article "Les processus inconscients en jeu dans la crise environnementale", Searles aborde l’apathie face à la crise environnementale comme un symptôme sociétal. Avec beaucoup d’humanité, il tente de mettre à jour les conflits inconscients qui sous-tendent ce symptôme en s’appuyant sur sa clinique psychanalytique. Ce qui est dénommé par « apathie » n’est pas un « a-pathos », un manque de souffrance face à une crise environnementale dont chacun de nous peut découvrir et sentir l’ampleur au moment où la bulle de déni qui la recouvrait semble éclater. 

Le philosophe australien, Clive Hamilton, analyse notre façon de réagir face à un phénomène qui n’est pas immédiatement perceptible et dont les effets se produisent à la fois à long terme et de façon très variables selon les régions du monde. Il établit justement un parallèle avec le blocage psychologique qui nous touche dans de telles situations. Avec au moins trois des fameuses cinq phases du deuil: le déni, la dépression et l’acceptation. Voir l'article consacré à son livre: Requiem pour l’espèce humaine.

Première erreur de la civilisation moderne: se croire séparé de son environnement

La première erreur qui caractérise notre civilisation moderne est de croire que nous sommes séparé de notre environnement. Sous prétexte d'inceste, alors que l'on parle d'enfants et de nouveau-nés, le lien aux origines est interdit, comme s'il fallait impérativement se couper des rapports les plus essentiels. Dans la fantasmatique moderne, le rapport à la mère (et métaphoriquement à la Mère-terre) est frappé d'interdit. Or, lorsque l'on étudie les sociétés traditionnelles, nous découvrons qu'il s'agit de s'individualiser non pas en coupant ce lien aux origines, mais plutôt en se l'appropriant de manière symbolique, de telle sorte que le rapport aux racines reste vivant et nourissant. Au lieu de nous couper du rapport aux origines, nous devons apprendre à l'intégrer !

Car en effet, nous appartenons à l'environnement qui nous a vu naître, à la biosphère qui nous entoure. Nous sommes les branches d'un arbre familial, les feuilles et les fruits au bout de ses branches. Un lien qu'il faudrait chérir et soigner plutôt que de chercher à le rompre.

C'est là toute la différence entre les interprétation modernes du mythe d'Oedipe, qui reposent sur la supposée nécessité de se couper des origines, et le véritable message de Sophocle qui nous enseigne comment intégrer ce rapport aux origines pour restaurer la prospérité première. C'est ainsi qu'à la fin de son oeuvre testamentaire, "Oedipe à Colone" le héros de Sophocle transmet à Thèsée le secret de la prospérité !  Même les psychanalystes ont ignoré cette deuxième pièce de Sophocle, la plus importante, eux-mêmes encore pris dans cette aliénation moderne d'une coupure des liens aux origines.

Que reste-il de l'amour filial ? 

Une génération plante des arbres, la suivante profite de l’ombre (proverbe chinois)

La nouvelle interprétation transgénérationnelle du mythe d'Oedipe revient sur cette coupure du lien à la mère, au père et aux origines. Plutôt que de poursuivre la politique du refoulement (et la création du surmoi, l'héritier du conflit oedipien refoulé comme l'a bien montré Freud) avec son oeuvre sur Oedipe Sophocle nous montre comment intégrer notre préhistoire, advenir ainsi sujet et réharmoniser notre appartenant au monde. 

De la nécessité à intégrer ce rapport aux origines plutôt que de s'en couper

Mon livre "A propos de la métamorphose d'Oedipe en héros de Colone" présente les clefs d'analyse de ce fantasme de séparation d'avec le monde, d'avec les origines et l'environnement, qui engendre cette dette culturelle et transgénérationnelle que nous observons aujourd'hui avec les problèmatiques environnementales. 

Extrait du chapitre de conclusion: "Au lieu de vouloir couper le « cordon ombilical », peut-être le fantasme le plus symptomatique de notre civilisation moderne, il s’agirait de l’intégrer sur un plan symbolique pour préserver notre rapport aux forces du vivant dont nous sommes le produit. Comme une nouvelle branche de l’arbre ne pourrait se développer en se coupant de son tronc et de ses racines, nous ne pouvons pas exister indépendamment du monde qui nous entoure et dontnous sommes une émanation. Nous sommes en effet les fruits d’une extraordinaire évolution, portant sur des millions d’années, et dont nous avions imaginé qu’il nous fallait nous en dissocier à l’instar de la coupure des liens aux parents et aux aïeux. Dès lors que nous l’aurions intégrée, qu’elle serait reconnue comme nous ayant donné vie et faisant partie de ce qui nous nourrit et nous constitue, nous n’aurions pas besoin de nouvelles lois pour nous interdire de continuer à polluer et à instrumentaliser la nature (la Mère-Terre). 

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